Table des matières
Afin d'assurer la sécurité des Canadiens et de leurs institutions, la GRC mène certaines de ses opérations et activités de façon secrète, en vue d'infiltrer des organisations criminelles ou terroristes, ou de dissimuler les activités de collecte de renseignements de la police.
Les dépenses engagées pour les activités ci-dessus sont appelées « dépenses de nature délicate ». Selon la politique de la GRC, une « dépense de nature délicate » désigne toute dépense engagée aux fins d'application de la loi pénale qui pourrait être compromise si le paiement était effectué normalement.
La vérification annuelle dirigée des dépenses de nature délicate est une exigence du Conseil du Trésor. L'objectif de la vérification initiale était de fournir une assurance raisonnable que les contrôles de gestion et les processus de gestion de risque et de gouvernance connexes du programme des dépenses de nature délicate étaient adéquats, efficients et efficaces pour assurer la légitimité de ces dépenses. La vérification a permis de conclure que même si les dépenses de nature délicate examinées étaient généralement conformes à la politique, le cadre de contrôle de gestion comportait des lacunes et des améliorations s'imposaient dans les domaines de la surveillance, des pouvoirs et des responsabilités, de la politique, de la formation et de la gérance.
Cette deuxième vérification annuelle visait à fournir une assurance raisonnable que les dépenses de nature délicate étaient justifiées et conformes à la politique.
Compte tenu des observations formulées dans la vérification initiale, cette vérification dirigée portait principalement sur la Division E (Colombie-Britannique) et comprenait des transactions effectuées dans les trois derniers trimestres de l'exercice 2009-2010.
Selon l'échantillon sélectionné et les procédures de vérification effectuées, on a conclu que même si 98,5 % des transactions étaient justifiées par le soutien apporté aux opérations secrètes, seulement 43 % des transactions respectaient intégralement les procédures administratives de la politique sur les dépenses de nature délicate de la GRC. Les erreurs de traitement relevées étaient attribuées à un ou à plusieurs facteurs, tel que :
Examiner toutes les dépenses de nature délicate avant qu'elles soient réglées, comme le recommande vérification dirigée initiale, permettra à la Division E de surveiller l'application de la politique tout en s'assurant que toutes les transactions traitées comme des dépenses de nature délicate continuent d'être engagées pour les opérations et les activités secrètes de la GRC.
La direction est heureuse de commenter la vérification annuelle dirigée des dépenses de nature délicate de novembre 2010. Nous tenons à remercier l'équipe de vérification pour le professionnalisme dont elle a fait preuve durant la vérification de même que les sections et les groupes pour l'appui qu'ils ont fourni à l'équipe de vérification.
Il est important de noter que la vérification était axée sur des politiques et des pratiques qui ont été mises à jour depuis l'établissement du groupe de coordination AR 580 de la Division E. La Division reconnaît la nécessité pour une organisation d'être responsable et de rendre des comptes, et par conséquent, a pris des mesures importantes pour combler plusieurs lacunes sur le plan des dépenses de nature délicate (formation, surveillance indépendante, pièces justificatives, signataires autorisés) avec la création du Groupe de la surveillance indépendante.
Nous sommes conscients qu'il reste du travail à faire et avons commencé à mettre en œuvre des solutions durables à l'appui des recommandations de l'équipe de vérification. Malgré les nombreuses difficultés rencontrées, comme les pressions financières subies, la Division s'engage à adopter un cadre de responsabilisation financière solide. La Division accepte les résultats de la vérification annuelle dirigée des dépenses de nature délicate et donnera suite aux recommandations en établissant des plans d'action qui soulignent l'importance des pouvoirs spéciaux conférés à la GRC par le Conseil du Trésor.
Peter W. Hourihan
Commandant de la Division E
La GRC s'emploie à assurer la sécurité des Canadiens et de leurs institutions, tant à l'échelle nationale qu'internationale, et ce, en prenant des mesures de prévention, de détection, d'enquête et d'application de la loi axées sur le renseignement pour lutter contre les terroristes, les organisations criminelles et la criminalité. À cette fin, la GRC mène certaines de ses opérations et activités de façon secrète, en vue d'infiltrer des organisations criminelles ou terroristes, ou de dissimuler les activités de collecte de renseignements de la police.
Les opérations et les activités secrètes peuvent comprendre les opérations d'infiltration, au cours desquelles des policiers se font passer pour des criminels ou des sympathisants des terroristes, la participation à des activités illicites comme le blanchiment d'argent, la collecte de renseignements à l'aide de dispositifs électroniques, l'observation électronique ou visuelle de criminels et de leurs contacts, le recrutement d'informateurs de police et la protection et la réinstallation de témoins. Les dépenses de nature délicate sont engagées dans tous les domaines du travail policier, dans toutes les divisions de la GRC et à la DG.
Les dépenses pour les activités susmentionnées sont appelées « dépenses de nature délicate » et on en assure le suivi sous le groupe de natures comptables/compte budgétaire 580 et 581 (AR 580/581). Une « dépense de nature délicate » désigne toute dépense engagée aux fins d'application de la loi pénale qui pourrait être compromise si le paiement était effectué normalement. Le centre de décision pour les dépenses de nature délicate est celui de la Police fédérale.
La vérification annuelle des dépenses de nature délicate est une exigence énoncée dans une lettre de décision du Conseil du Trésor. Ces vérifications sont dirigées afin de fournir une assurance raisonnable que les contrôles de gestion et les processus de gestion des risques et de gouvernance connexes du programme des dépenses de nature délicate sont adéquats, efficients et efficaces pour assurer la légitimité de ces dépenses. Un niveau global d'assurance sera établi à la suite d'une série de vérifications des dépenses de nature délicate.
Conformément à cette exigence, la vérification initiale des dépenses de nature délicate était une vérification du cadre de contrôle de la gestion. Achevée en juin 2010, cette vérification portait sur les transactions effectuées durant les exercices 2007-2008 et 2008-2009 et durant le premier trimestre de l'exercice 2009-2010. En septembre 2010, le Comité ministériel de vérification (CMV) a recommandé que le rapport de vérification soit présenté au Commissaire aux fins d'approbation. La vérification a permis de conclure que même si les dépenses de nature délicate examinées étaient généralement conformes à la politique, le cadre de contrôle de gestion comportait des lacunes et des améliorations s'imposaient dans les domaines de la surveillance, des pouvoirs et des responsabilités, de la politique, de la formation et de la gérance. Des recommandations ont été formulées et la date ciblée pour la mise en œuvre complète du plan d'action de la gestion est septembre 2011.
La deuxième vérification annuelle vise à fournir une assurance raisonnable que les dépenses de nature délicate sont justifiées et respectent la politique.
La vérification porte sur les transactions AR 580 effectuées au cours des trois derniers trimestres de l'exercice 2009-2010. Les transactions AR 581 effectuées par la Sous-direction des services d'enquêtes techniques n'ont pas été prises en compte dans cette vérification.
La vérification n'inclut pas une évaluation de l'efficacité des contrôles et du rapport coût-efficacité des opérations individuelles. Elle n'indique pas non plus si les opérations en soi sont efficaces ou adéquates.
La Division E est la plus grande division de la GRC, car environ un tiers de l'effectif total est affecté en Colombie-Britannique. La Division E fournit des services de police municipaux, provinciaux et fédéraux à plus de 390 collectivités du même qu'un soutien spécialisé sur le plan tactique, des enquêtes et de l'application de la loi aux 4,1 millions d'habitants de la province1. Cet environnement opérationnel est l'une des structures de commandement divisionnaire les plus grandes et les plus complexes de la GRC.
De plus, selon les observations tirées de la vérification initiale, la Division E est la seule division où il n'y a aucun traitement centralisé des dépenses de nature délicate et où aucun examen indépendant de toutes les dépenses n'est effectué avant qu'elles soient réglées. Pour la période sur laquelle porte cette vérification, 35 % de tous les fonds consacrés aux dépenses de nature délicate à l'échelle nationale ont été effectués à la Division E. Voilà pourquoi cette vérification est axée exclusivement sur cette division.
1Plan d'activités de la Division E de la GRC, Colombie-Britannique, 2009-2010 - 1er avril 2009
Le projet de vérification a été planifié et mené en fonction des normes relatives à la vérification interne du gouvernement du Canada. L'équipe de vérification s'est penchée sur les preuves pertinentes et a obtenu suffisamment de renseignements et d'explications pour pouvoir donner des assurances quant à ses conclusions.
Durant cette vérification, on a examiné un échantillon représentatif de transactions AR 580 de groupes désignés dans diverses zones géographiques de la Division E, comme l'Unité mixte d'enquête sur le crime organisé (UMECO), les sections antidrogue, les sections de crimes graves, la Protection des témoins et le Groupe intégré de la sécurité ainsi que les détachements de Prince George et de Surrey. On attribue à ces groupes 40 % de la valeur totale des dépenses de nature délicate et 25 % des 10 340 transactions traitées comme AR 580 par la Division E pour les trois derniers trimestres de l'exercice 2009-2010. Un échantillon de transactions, visant à fournir un niveau de confiance de 95 %, un taux d'erreur de 10 % et une marge d'erreur de +/- 5 %, a été sélectionné. L'échantillon a été tiré proportionnellement des endroits à visiter; les 131 transactions qui le composent ont été sélectionnées parmi les données du système financier de la GRC.
L'échantillon représentatif a été élargi pour inclure toutes les transactions de plus de 50 000 $. De plus, certaines transactions sélectionnées dans l'échantillon ont dû être remplacées, car les pièces justificatives se trouvaient dans des endroits qui n'ont pas été visités. L'échantillon représentatif a donc été ajusté pour contenir un total de 152 transactions.
Les 152 transactions ont toutes été examinées pour s'assurer qu'elles respectaient la politique sur les dépenses de nature délicate énoncée dans le Manuel des opérations, dans laquelle figure la matrice de délégation des pouvoirs financiers pour les dépenses de nature délicate portant sur les articles 32, 33 et 34 de la Loi sur la gestion des finances publiques. Une liste de critères est disponible dans l'annexe.
La planification de la vérification a commencé en mars 2010. L'examen a eu lieu en août et en septembre 2010. Diverses techniques d'examen ont été utilisées (entrevues, observations, visites sur place, examen de dossiers et analyses des données pertinentes relatives aux dépenses AR 580). Étant donné la nature délicate des opérations, l'examen des dossiers s'est fait sur place.
Les constatations de la vérification ici présentées se fondent sur les preuves recueillies et analysées pendant la vérification et ont été validées à la suite de chaque visite. Nous avons indiqué notre opinion quant au niveau de risque (Élevé/Moyen/Faible) associé à chaque constatation. Le niveau de risque peut avoir une incidence sur l'atteinte des objectifs liés au programme des dépenses de nature délicate dans la Division E.
Pour chacune des recommandations formulées, la direction a :
Les constatations de la vérification présentées ont servi à évaluer la mesure dans laquelle les dépenses de nature délicate étaient justifiées et conformes à la politique.
Une description détaillée de la nature de la dépense et de la nécessité de la traiter comme une transaction AR 580 doit être consignée. Cela permet une évaluation exacte de la justification de la dépense de nature délicate.
La vérification a permis de conclure que 98,5 % des transactions examinées étaient des dépenses de nature délicate justifiées nécessaires pour assurer l'intégrité et le caractère secret des opérations.
Le formulaire 1454 (Demande et autorisation de paiement) et les reçus originaux devraient suffire à appuyer les dépenses de nature délicate. Sept des formulaires 1454 examinés ne contenaient pas suffisamment d'information sur la nature des dépenses pour justifier le traitement AR 580. Toutefois, après avoir discuté avec le personnel du groupe concerné, l'équipe de vérification a obtenu verbalement une justification à l'appui de ces dépenses de nature délicate. La politique précise bien que les demandes pour engager des dépenses de nature délicate doivent contenir suffisamment d'information pour justifier la dépense. L'équipe de vérification a pu établir que ces transactions avaient été effectuées dans le cadre d'opérations secrètes.
L'examen de pièces justificatives relatives à deux autres transactions a permis de relever deux articles de faible valeur qui n'étaient pas des dépenses de nature délicate. Le coût d'un des éléments aurait dû être traité de manière normale et l'autre, n'aurait pas dû être remboursé par le gouvernement. Ce dernier cas a été soumis au commandant de la sous-direction et résolu de manière appropriée à la satisfaction de l'équipe de vérification.
L'équipe de vérification a jugé que ces transactions étaient justifiées, c'est-à-dire que les dépenses ont été engagées pour les besoins d'opérations secrètes.
Il n'y a aucune recommandation pour cette constatation.
Afin d'évaluer la conformité des dépenses à la politique, la vérification portait sur trois éléments clés indispensables à l'application de la politique :
Dans 17 des 152 transactions examinées, la preuve était insuffisante pour conclure que la dépense avait été approuvée à l'avance conformément à la politique sur les dépenses de nature délicate. Ceci est attribué à deux facteurs:
Sur les 152 transactions examinées, 33 ne contenaient pas l'information voulue, les reçus originaux ou les documents appropriés à l'appui des dépenses de nature délicate. Lorsque les reçus originaux ne sont pas disponibles, une explication doit être fournie dans le formulaire 1454, ce qui n'a pas été fait dans tous les cas.
De plus, un lien avec la GRC a pu être établi sur dix des reçus examinés. Certains des liens les plus évidents étaient l'utilisation d'une carte de crédit personnelle pour l'achat d'articles expédiés à un bureau de la GRC et la mention de la GRC sur les reçus. Ne pas conserver la nature secrète d'une dépense de nature délicate peut compromettre les opérations et la sécurité du public et des policiers.
La politique sur les dépenses de nature délicate vise à assurer qu'à des étapes précises du processus, les transactions sont traitées conformément aux exigences de la Loi sur la gestion des finances publiques.
Contrairement aux dépenses traitées normalement, les agents financiers n'ont pas accès aux pièces justificatives des dépenses de nature délicate. Par conséquent, ils ne sont pas en mesure d'exécuter totalement l'examen requis conformément à la Directive sur la vérification des comptes et doivent se fier à l'examen des demandes d'indemnité (formulaire 1393) effectué par des personnes du service d'origine. Avant d'appliquer l'article 33, les agents financiers doivent examiner les demandes d'indemnité pour s'assurer que l'autorisation de l'article 34 a été exercée par une personne détenant des pouvoirs délégués valides.
Dans 39 des 152 transactions examinées, on a relevé des problèmes concernant les pouvoirs financiers :
De plus, neuf transactions étaient liées aux services de télécommunications. Ces services sont couverts par la politique des services communs et ne sont pas inclus dans les exemptions existantes et les pouvoirs accordés par le Conseil du Trésor. Ce problème a été relevé par le Programme. Dans ces cas, la vérification n'est pas en mesure de tirer une conclusion sur les exigences en matière de pouvoirs.
Dans 29 des 152 transactions examinées, des problèmes relatifs au pouvoir d'attestation en vertu de l'article 34 ont été relevés :
Dans ces cas, les contrôles financiers n'ont pas permis de déceler l'application inappropriée des pouvoirs conférés par l'article 34, ce qui a une incidence négative sur la conformité à l'article 33 de la Loi sur la gestion des finances publiques. Sans un examen adéquat de la vérification des comptes des paiements des dépenses de nature délicate, il y a un risque accru que des dépenses soient mal classées dans l'AR 580.
Dans l'ensemble, la vérification a permis de conclure que 57 % des transactions examinées n'étaient pas totalement conformes à la politique de la GRC sur les dépenses de nature délicate. Ces erreurs ont été attribuées à la combinaison des facteurs suivants : un manque de compréhension de la délégation des pouvoirs financiers, une documentation inadéquate et un processus d'examen externe inexistant.
Pour donner suite à une recommandation de la vérification dirigée initiale, des plans d'action de la gestion sont en cours d'élaboration afin de systématiser le recours aux coordonnateurs des dépenses de nature délicate pour examiner, au nom des agents financiers désignés en vertu de l'article 33, toutes les dépenses de nature délicate avant leur règlement. Cette mesure de surveillance externe assurera le suivi du respect de la politique et fera en sorte que les demandes d'indemnité pour lesquelles les pièces justificatives sont insuffisantes sont retournées au service d'origine afin d'être corrigées avant leur traitement. Ces postes doivent être établis et pourvus dans un avenir rapproché. Cela permettra aux agents financiers désignés de la Division E d'appliquer de manière appropriée les pouvoirs conférés l'article 33.
Il est ressorti de cette vérification que :
Même si la Division E a affiché un taux élevé de dépenses de nature délicate justifiées, il est nécessaire d'améliorer la structure globale de contrôle pour assurer un traitement conforme à la politique sur les dépenses de nature délicate de la GRC. Un mécanisme efficace de contrôle est requis pour soumettre chaque transaction à un processus rigoureux d'assurance de la qualité avant qu'elle soit réglée.
La mise en œuvre des recommandations de la vérification dirigée initiale dans les domaines de la surveillance, des pouvoirs et des responsabilités, de la politique, de la formation et de la gérance permettra à la Division E d'assurer le suivi de l'application de la politique tout en s'assurant que toutes les transactions traitées comme étant des dépenses de nature délicate continuent d'être engagées dans le cadre des opérations et des activités secrètes de la GRC.
La deuxième vérification annuelle vise à fournir une assurance raisonnable que les dépenses de nature délicate sont justifiées et qu'elles respectent la politique.