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Quel monde! Même une lecture en diagonale de l’Analyse de l’environnement 2007 permet de voir à quel point cette exclamation décrit bien la société contemporaine. Nous vivons à une époque incroyable : la technologie et ses applications révolutionnent la vie de tous les jours; les gens communiquent davantage entre eux et à de plus grandes distances que jamais auparavant; la population mondiale n’a jamais été aussi nombreuse, mais jamais le monde n’a été aussi prospère et les possibilités, aussi abondantes. Tout compte fait, nous vivons à l’une des époques les plus sûres de l’histoire et nous n’avons jamais été aussi en santé.
Simultanément, par contre, la technologie et les moyens de communication améliorés entraînent une expansion de la nature, de la portée et des effets de la criminalité et d’autres menaces à la sécurité individuelle et nationale. La prospérité et la pauvreté sont réparties de façon inégale, beaucoup vivent dans la précarité, et les tensions sociales et politiques menacent la stabilité de nombreux pays et régions. Les écosystèmes subissent un stress sans précédent et les répercussions possibles des changements climatiques pourraient être énormes et catastrophiques. Nous sommes peut-être maintenant plus que jamais confrontés à des menaces et à des bouleversements qui pourraient rendre le monde, inclusion faite du Canada, plus pauvre et plus vulnérable.
Dans un monde pareil, les organismes de sécurité publique, dont la GRC, évoluent et s’adaptent continuellement pour profiter des possibilités offertes et relever les défis qui se présentent. Ces organismes doivent examiner d’un œil critique le taux de succès et la pertinence de leurs activités, de leurs procédés et de leurs structures. Le mandat, la mission, la vision et les valeurs, les priorités, la prestation de services, les stratégies de prévention du crime, la compétence des employés et les besoins de formation ne sont que quelques-unes des composantes organisationnelles qui nécessitent une attention et une analyse constantes afin de pouvoir les adapter ou les transformer si nécessaire.
La première page de chacun des volets (c.-à-d., Démographie, Société, Économie, Politique et gouvernement, Science et technologie, Environnement et Sûreté et sécurité publique) donne un résumé des principales tendances examinées dans la section visée. Cependant, un certain nombre de tendances importantes transcendent ces volets individuels; nous les abordons ci-dessous. Nous soulignons par ailleurs les principaux développements en matière de sécurité publique qui revêtent une importance particulière pour les organismes d'application de la loi au Canada.
Sous l’angle de l’application de la loi au Canada, plusieurs grandes tendances transversales émergent à l’échelle internationale :
La révolution technologique entraîne des changements fondamentaux dans la vie de tous les jours de même que dans les activités liées à la criminalité et à l’application de la loi.
Les applications technologiques rehaussent les capacités organisationnelles des autorités policières et favorisent des analyses de plus en plus complexes à l’appui des enquêtes. Par contre, les nouvelles technologies permettent aussi aux criminels d’élaborer de nouvelles formes de crimes et de nouvelles pratiques, dont plusieurs (p. ex. la fraude d’identité) se répandent de plus en plus rapidement et font de plus en plus de victimes. De plus, certaines technologies (p. ex. Internet, courrier électronique) réduisent la nécessité de la proximité entre l’auteur du crime et la victime, et permettent aux criminels de communiquer et de transmettre leurs connaissances et leurs tactiques en courant moins de risques. Pour suivre le rythme, les autorités policières doivent investir massivement dans la technologie et embaucher de plus en plus de personnel possédant les compétences spécialisées requises pour contrer la criminalité faisant appel à la technologie. Contrairement aux criminels, les autorités policières œuvrent dans cet univers de haute technologie dans les limites de la loi sur la protection des renseignements personnels et des obstacles aux échanges d’information; elles ne peuvent donc pas exploiter toutes les possibilités offertes par les nouvelles technologies.
C’est par vagues sans précédent que des gens quittent leurs pays d’origine, ce qui présente de nombreux avantages, mais aussi des défis et des menaces à la sécurité.
La migration ne se résume pas simplement au mouvement des personnes d’un pays à l’autre; il n’est donc pas surprenant que les enjeux liés à la migration figurent parmi les tendances soulignées dans plusieurs sections du présent document. Les mouvements transnationaux ont toujours procuré des bienfaits économiques et sociaux aux migrants, aux pays d’accueil et même aux pays d’origine (p. ex. envoi d’argent et baisse de la surpopulation). De fait, la croissance démographique des pays industrialisés repose de plus en plus sur les nouveaux arrivants.
Cependant, les schémas de migration actuels révèlent aussi le côté sombre de l’immigration; certains individus victimes de trafic traversent les frontières contre leur gré, tandis que d’autres font appel à des réseaux criminels pour entrer illégalement dans certains pays. De plus, tous les migrants ne s’intègrent pas bien à leurs pays d’accueil, et beaucoup éprouvent des difficultés à se faire accepter et à atteindre un statut socioéconomique comparable à leurs homologues indigènes. De telles situations peuvent provoquer des tensions sociales et culturelles, voire engendrer la violence. La plupart des liens que les immigrants entretiennent avec leur pays d’origine sont sans conséquences, mais certains conservent des liens avec des individus, des groupes et des idéologies qui menacent la sûreté et la sécurité de leur nouveau pays.
Les changements climatiques s’imposent comme l’un des principaux défis du XXIe siècle à l’échelle mondiale.
L’attention portée à ce problème et à ses répercussions possibles s’est accrue vers la fin de 2006 et le début de 2007. Les débats actuels tournent en grande partie autour des conséquences à long terme des changements climatiques, mais on en ressent de plus en plus les effets immédiats, surtout dans les régions nordiques du globe (notamment au Canada). Le dégel de la terre et du pergélisol risque de s’étendre rapidement, ce qui perturberait grandement les infrastructures et les transports terrestres dans ces régions, y compromettant du coup la qualité de vie et les capacités d’intervention des forces de l’ordre.
Au Canada, la fonte des glaces a en outre pour effet d’ouvrir le passage du Nord-Ouest à la navigation, ce qui remet en question la souveraineté du Canada sur ce passage, à savoir s’il fait toujours partie des eaux territoriales canadiennes ou s’il devient une voie navigable internationale.
Voici certaines tendances propres au Canada :
Le boom économique de l’Alberta, engendré par la création de richesse liée à l’extraction du pétrole et du gaz naturel, est un élément marquant du début du XXIe siècle au Canada.
La performance économique actuelle de l’Alberta – la plus forte jamais enregistrée par une province canadienne – contribue dans une proportion démesurée à la croissance économique du pays. Bien qu’elle crée des emplois et de la prospérité, et qu’elle suscite les plus importants mouvements interprovinciaux de l’histoire du Canada, l’économie florissante de l’Alberta provoque aussi certaines tensions. Par exemple, l’exploitation et la consommation de pétrole et de gaz ont des conséquences négatives sur l’environnement, les infrastructures de la province (p. ex. santé, éducation, transport, logement, services sociaux) sont sous pression en raison de la croissance rapide de la population, et on observe une grave pénurie de main-d’œuvre dans l’ensemble de la province. L’augmentation du revenu disponible et la marginalisation des exclus du boom économique peuvent en outre se traduire par un accroissement de la criminalité.
Les tendances démographiques actuelles joueront un rôle majeur dans l’avenir du Canada et toucheront tous les Canadiens.
Dans l’ensemble, la population canadienne vieillit, l’espérance de vie étant de plus en plus longue, et les taux de natalité baissent, ce qui réduit la proportion des jeunes citoyens. Ces tendances devraient se maintenir, ce qui aura pour effet de réduire la proportion des citoyens en âge de travailler et d’accroître la proportion des personnes âgées. Par ailleurs, le Canada devient rapidement la terre d’accueil d’une population non européenne et non chrétienne grandissante.
La plupart des secteurs et des organisations, y compris les forces de l’ordre, sont déjà touchés par les effets de ces changements démographiques, car le recrutement se fait maintenant dans un bassin de candidats réduit, et la gestion de populations variées nécessite des effectifs tout aussi diversifiés. Il se pourrait aussi que les personnes âgées deviennent un segment de la population de plus en plus victime d’abus de toutes sortes (p. ex. mauvais traitements aux mains des fournisseurs de soins, fraude par télémarketing, etc.).
Les défis que doivent relever les peuples autochtones continuent d’échapper aux solutions faciles.
Par rapport à l’ensemble des Canadiens, les peuples autochtones sont aux prises avec des taux de chômage et de pauvreté plus élevés; leurs logements sont de moindre qualité et ils atteignent des niveaux de scolarité moins élevés. Dans l’ensemble, ils ont des problèmes de santé plus graves, leur espérance de vie est plus courte et ils affichent un taux de suicide plus élevé. Les Autochtones sont aussi surreprésentés dans le système judiciaire, tant comme auteurs que victimes d’actes criminels. Chez les Autochtones, la proportion des 15 à 25 ans est plus élevée, un groupe d’âge plus “enclin à la criminalité” selon les criminologues. Les progrès relatifs à la résolution des revendications territoriales et d’autonomie gouvernementale restent lents et demeurent des sources d’irritants; on a récemment observé des reculs et des tensions dans les relations entre le gouvernement du Canada et des groupes des Premières nations.
Les exigences accrues en matière de reddition de comptes et de respect de normes éthiques élevées ont un effet démesuré sur les organismes chargés de l’application de la loi.
Ces exigences coïncident avec la forte médiatisation des questions de sécurité publique de l’après 11 septembre. La police canadienne a récemment fait l’objet d’une publicité largement défavorable. Néanmoins, les sondages indiquent que les Canadiens continuent de faire confiance aux autorités policières, peut-être en raison de leurs propres observations et expériences avec les agents en uniforme.
Sur la scène politique, les récents événements laissent croire que le Canada pourrait continuer à être dirigé par des gouvernements minoritaires dans un avenir prévisible.
La faiblesse des deux plus grands partis dans d’importantes régions du pays et la forte majorité des sièges québécois détenus par le Bloc Québécois sont les plus grands obstacles à la formation de gouvernements majoritaires. Sur le plan historique, les gouvernements minoritaires tendent à l’instabilité, mettent davantage l’accent sur des objectifs politiques à court terme et restent moins longtemps au pouvoir; ils risquent d’être défaits à tout moment, et par le fait même de déclencher des élections rapprochées. Dans ce contexte, les organismes fédéraux sont tenus de suivre les événements politiques et les priorités changeantes de manière à tirer parti de nouvelles possibilités de financement et à réagir de façon proactive aux conjonctures qui risquent de compromettre les programmes et les sources de financement existants. Les organismes gouvernementaux doivent aussi élaborer des plans d’urgence en cas de modification inattendue des politiques, des lois ou des initiatives de financement projetées, voire de leur abandon pur et simple par suite de la dissolution du Parlement.
Voici certaines des principales tendances en matière de sécurité publique soulevées dans le document :
La radicalisation d’individus nés ou recrutés dans les pays cibles fait figure de menace émergente, et de taille, dans les pays industrialisés, dont le Canada.
Les récents attentats terroristes et de récentes arrestations ont mis en évidence le fait que des petits groupes de jeunes musulmans radicaux, nés ou résidents de longue date dans des pays d’Occident, complotent en vue de commettre des attentats terroristes. Bien qu’ils soient difficiles à profiler, les auteurs de ces crimes adhèrent aux préceptes d’une forme d’islamisme hautement idéologique et politique, et sont motivés, du moins en partie, par leur perception des mauvais traitements infligés aux musulmans de par le monde.
L’amélioration de la sécurité des infrastructures essentielles (IE) devient une priorité beaucoup plus importante à l’échelle mondiale.
On reconnaît désormais que le succès des économies et des sociétés repose de plus en plus sur des réseaux d’IE complexes et reliés entre eux. On se préoccupe davantage de la sécurité des IE en raison des attentats et des incidents terroristes d’envergure et des répercussions possibles d’attentats futurs. Cependant, les dégâts et les pertes occasionnés par des catastrophes naturelles peuvent être plus importants que ceux causés par des attentats malicieux. En vue d’améliorer la sécurité des IE, on a surtout mis l’accent sur la planification d’urgence et la continuité des activités, sur le développement de systèmes de secours, sur la formation, la sensibilisation à la sécurité et l’échange d’information, et sur l’établissement de partenariats privés, publics et internationaux efficaces.
La transformation des groupes et des activités du crime organisé se poursuit.
Les organisations criminelles rigides et hiérarchisées du passé sont progressivement remplacées par des réseaux criminels plus flexibles et plus tentaculaires. On voit de plus en plus d’alliances temporaires entre groupes criminalisés relativement à la conduite d’activités illégales, ainsi que le recours à des “fournisseurs de services” ayant les compétences requises pour perpétrer des crimes précis. Plusieurs grandes organisations criminelles ont des ramifications transnationales en raison de leurs ressources, de leur souplesse et de leur faculté d’adaptation. La production et le trafic de drogue illégaux génèrent toujours des revenus importants pour les groupes criminalisés du monde entier, mais ces groupes sont impliqués dans une gamme de plus en plus vaste d’activités illégales.
La contrefaçon et les crimes contre la propriété intellectuelle demeurent florissants dans le monde entier et prennent de l’ampleur au Canada.
On produit et on vend de plus en plus de faux dans le monde entier, et la contrefaçon de matériel électronique de consommation courante est tout particulièrement répandue. Le Canada est de plus en plus la cible de critiques, sur la scène nationale et internationale, tant pour la prétendue inefficacité de ses lois à protéger la propriété intellectuelle que pour l’application des lois en vigueur.
La fraude d’identité, sous toutes ses formes, est peut-être le crime qui connaît la croissance la plus rapide à l’échelle planétaire.
Cette croissance est en très grande partie attribuable aux possibilités offertes par l’évolution et la prolifération des technologies de l’information, et par l’implication des groupes criminalisés. De nouvelles formes et méthodes de vol et de fraude d’identité émergent constamment, et les forces de l’ordre s’efforcent de tenir le rythme pour résoudre ce problème dont l’ampleur et la portée évoluent rapidement.