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Il a pénétré le psychisme d’innombrables psychopathes, pédophiles ou preneurs d’otages. Il a passé de nombreuses heures dans le système carcéral à évaluer des prédateurs sexuels. Il est l’une des 17 personnes en Amérique du Nord à être à la fois policier et psychologue et, chose plus rare encore, il est l’un l’un de ceux qui sont spécialisés dans l’étude du comportement criminel. Le sergent d’état-major Matt Logan, premier psychologue de la GRC affecté aux enquêtes criminelles, parle de son travail à Caroline Ross, de la Gazette .

Celui qui a été le plus traumatisant, c’est lorsqu’un preneur d’otages a tué un otage sous mes yeux. J’étais le négociateur. C’était en 1988, lors de ma première négociation. Cela n’a pas été un bon début pour moi, mais cela m’a poussé à commencer ma maîtrise en psychologie à l’Université de Victoria. J’ai compris que l’individu était un psychotique et que je n’avais aucune idée de ce qui se passait dans sa tête. Faute de connaissances, je me suis senti complètement impuissant.
Après avoir obtenu ma maîtrise, j’ai été affecté à Ottawa pour trois ans. Les membres de l’EMS (l’État-major supérieur de la GRC) de l’époque, après l’épisode de Gustafson Lake, se sont demandé :
« N’avons-nous personne à la GRC qui possède un diplôme d’études supérieures en psychologie et qui puisse nous aider à faire face à un autre incident majeur comme celui de Gustafson Lake? »* . Ils s’imaginaient alors que ce genre de situation de crise se produirait souvent. Ils m’ont demandé si j’étais prêt à faire un doctorat et j’ai accepté.
En fait, mon rôle est multiple. Selon les cas, je peux être assistant ou consultant. En ce moment, je travaille surtout sur des crimes graves. L’une de mes fonctions est de me pencher sur les affaires non résolues. Examiner les personnes d’intérêt et déterminer lequel des suspects est probablement le coupable, selon le psychisme de l’individu et les diverses facettes de sa personnalité.
Lorsque nous savons que nous avons affaire à un psychotique, par exemple (la psychopathie est déterminée par un processus de diagnostic pour lequel les psychologues ont reçu une formation), nous pouvons tirer des conclusions des traits de personnalité, du niveau de violence ou de la gratuité de cette violence. Nous pouvons ensuite examiner les circonstances du crime : Comment a-t-il été commis? Quand? Dans quel contexte? Nous pouvons alors évaluer la possibilité que le crime ait été perpétré par un psychotique.
Je m’assois dans une pièce où je peux suivre l’interrogatoire en direct et j’observe. Cela me permet de conseiller les interrogateurs. Je leur dis ce que je vois de l’état d’esprit de l’individu, de sa constitution psychologique et de ses points faibles affectifs que nous pouvons utiliser pour développer une relation plus forte avec lui. Je peux aussi leur parler de la relation qui s’établit avec lui ou de ce qui peut manquer pour qu’elle se consolide. Je guette également les signes de passivité, pour être sûr que nous n’enregistrons pas de faux aveux.
J’ai beaucoup appris sur les délinquants, sur leur mentalité et leurs besoins. La connaissance du délinquant qui est en face de vous se révèle le plus souvent d’une grande utilité. Dans le cas des opérations d’infiltration, il est particulièrement important que nous connaissions les besoins de la cible. Est-ce le pouvoir? l’ego? la cupidité? Voilà les trois motivations principales. Si vous me dites que son premier motif est l’argent, son deuxième, le pouvoir et son troisième, l’ego, je serai alors en mesure de vous guider dans votre travail d’infiltration.
* En 1995, l’échec des négociations pour mettre un terme à l’occupation des terres à Gustafson Lake (C.-B.) a donné lieu à l’un des plus grands déploiements de forces policières de l’histoire du Canada.