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L’opinion exprimée est celle de l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle de la Gendarmerie royale du Canada ou du gouvernement du Canada.
Tels mots, telle image du monde se penche sur l’épineuse question du langage- plus précisément, le langage dans lequel nous définissons et décrivons certains types d’activités terroristes- et sur la façon dont des choix linguistiques malavisés peuvent compliquer la question. Dans le présent document, la langue- et, plus précisément, diverses interprétations de la notion de « jihad » - sert de toile de fond à des observations relatives au phénomène de la radicalisation, à son prolongement dans l’action terroriste et aux stratégies d’atténuation qu’il est possible de lui opposer. Le présent rapport spécial vise essentiellement à stimuler la discussion entre les membres de la GRC, de même qu’entre ceux-ci et leurs homologues d’autres organisations, sur la nécessité de trouver un langage commun pour parler du terrorisme de manière adéquate. Tout aussi pressante est la nécessité d’acquérir une compréhension approfondie du processus de radicalisation et de réfléchir aux façons d’y réagir.
Depuis les attentats du 11 septembre, on a fréquemment critiqué le langage qu’emploient les services de police et de renseignements pour parler du terrorisme qui se réfère, sur un plan idéologique, à l’islam.
Les musulmans ont fait remarquer que l’emploi de mots ou d’expressions comme « terrorisme islamique», « terrorisme
islamiste», « jihadisme» et « islamofascisme» a pour seul effet de
confondre le terrorisme et l’orientation générale de l’islam, ce qui
revient à assimiler tous les musulmans à des terroristes ou à des
terroristes potentiels. Les agents et analystes de renseignements
canadiens, dont l’univers professionnel est régi par un droit criminel
qui associe explicitement terrorisme et religion1, peuvent posséder (ou
croire posséder) une exacte compréhension des notions que ces termes
recouvrent. Il ne reste cependant pas grand-chose de cette exactitude
après que ces termes, propagés par les médias, ont pénétré
l’imagination du grand public, si bien que même des mots
inoffensifs et des croyances exprimées le plus candidement du monde
peuvent revêtir l’apparence d’insinuations malveillantes. Cela
montre bien l’étendue des difficultés qu’il y a à vouloir parler de
certaines formes de terrorisme qui s’appuient sur une interprétation
particulière de l’islam sans du même coup attester l’existence
d’un « choc des civilisations» entre l’islam, au sens large, et
l’Occident2.
Tout comme ceux des autres grandes religions abrahamiques (judaïsme et christianisme), les principes fondamentaux de l’islam sont pétris de compassion, de bonté, de pardon et, ce qui est peut-être le plus important, de justice sociale. En effet, l’un des piliers de l’islam est la zakat- l’aumône légale-, et durant la période d’abstinence du ramadan, les musulmans sont exhortés à penser à ceux qui, moins fortunés, ne jeûnent pas par choix (2:177, 183-186)3. On comprend alors que des affirmations erronées sur la nature de l’islam puissent offusquer profondément le grand nombre de musulmans qui tâchent de vivre selon ces principes. Chose plus grave encore, les rapprochements biaisés et provocants entre l’islam et le terrorisme peuvent amener les musulmans- dans les pays occidentaux comme ailleurs- à se convaincre que l’Occident est effectivement leur ennemi.
Parfaitement conscients du problème, les services de police et de renseignements mettent un soin de plus en plus grand, dans leurs communiqués officiels sur le terrorisme, à minorer l’élément islamique des complots et des actes terroristes : ainsi insistent-ils sur l’aspect logistique des attentats plutôt que sur les attaches culturelles et religieuses de leurs auteurs.
Les médias et le public ne se gênent pas pour critiquer sévèrement ces tentatives de modeler le discours officiel qui, débattent-ils, déforment la réalité en omettant un élément essentiel du problème4. L’argument n’est pas sans fondement, car il est vrai qu’une forme d’islam particulièrement violente et « idéologiquement surdéterminée» fait aujourd’hui partie des facteurs qui influent sur la sécurité autour du globe. Nier ou minimiser cet état de fait revient à faillir aux « principes élémentaires» en matière de menaces mondiales majeures.
Même les tentatives d’adopter une position stratégique et nuancée qui distingue clairement l’islam de l’islamisme peuvent conduire à une dénaturation des faits. L’islamisme, en tant qu’idéologie politique, ne se traduit pas forcément par une « praxis» terroriste. Par exemple, l’Association des Frères musulmans, une société quasi secrète à laquelle sont ou étaient liés des membres d’al-Qaïda (notamment Khalid Sheikh Mohammed, qui a planifié et orchestré les attentats du 11 septembre)5, forme un groupe islamiste en ce sens qu’elle rapporte explicitement ses objectifs politiques à une vision du monde résolument islamique. Ses fondateurs et principaux doctrinaires (y compris Sayyid Qutb, dont il sera question plus loin), pour la plupart des détracteurs de la culture occidentale, ont eu tendance à caractériser les aspirations politiques de l’islam comme diamétralement opposées à la démocratie. L’Association a toutefois progressivement rejeté le radicalisme et a adopté une perspective gradualiste qui, sans obéir aux mêmes principes que ceux sur lesquels reposent les démocraties occidentales (mentionnons par exemple le lien existant entre l’Association et le Hamas), témoigne néanmoins d’une ouverture à leur égard6. Rares sont les Frères musulmans qui appuient le terrorisme, et dans de nombreux pays, ils prêchent la modération en appelant la population à renoncer à la violence et à s’engager dans la vie politique et dans des activités caritatives7 légitimes.
Il arrive que les termes que nous utilisons spontanément pour parler du terrorisme « islamiste» soient impropres. De plus, l’emploi impropre de certains mots peut avoir pour conséquence imprévue de confirmer la validité ou le bien-fondé des formes d’extrémisme qu’il s’agit précisément de combattre. Le terme « jihad » en est un exempleéloquent. Mot fourre-tout qui sert aujourd’hui à désigner à peu près n’importe quel type d’extrémisme, il comporte de fines nuances- pour ne rien dire des interprétations divergentes auquel il se prête- qu’il peut s’avérer utile d’examiner.
Le mot « jihad» signifie littéralement « effort [suprême] » et se rencontre fréquemment dans la locution « jihad fi sabil illah», qui signifie « s’efforcer dans le chemin de Dieu»8. Ici, « jihad» désigne l’attitude du fidèle qui tâche de mener une vie conforme à la volonté divine9 et de trouver en lui la force intérieure et la discipline nécessaires pour vivre selon les principes fondamentaux de l’islam10. Contrairement à une croyance largement répandue, le jihad ne compte pas parmi les piliers de l’islam sunnite (outre le jeûne du ramadan et l’aumône légale, mentionnés plus haut, ces piliers sont la profession de foi, la prière et le pèlerinage à La Mecque; 1:1-7, 2:125-129, 142-153, 196-202, 22:26-30, entre autres endroits). Le jihad, entendu comme constant acte de piété, demeure toutefois un devoir pour tout musulman et désigne souvent un acte qui vise une amélioration sur le plan social ou personnel. Un musulman pourrait parler de son jihad pour cesser de fumer, pour collecter des fonds au profit d’un projet communautaire ou tout simplement pour devenir plus vertueux. En 2005, Raheel Raza a été la première femme de religion musulmane à diriger la prière du vendredi devant une assemblée mixte au Canada. Elle caractérise le courage et la détermination qui lui ont permis de tenir tête aux éléments conservateurs et traditionnalistes qui la critiquaient comme une forme de « jihad pour l’égalité des sexes», dont le but ultime est d’aider toutes les femmes à prendre la juste place que les Écritures leur ont assignée et à participer pleinement à la vie temporelle et spirituelle de la communauté musulmane11.
« Jihad» admet également une interprétation à caractère belliciste. À l’instar des textes fondamentaux du judaïsme et du christianisme, le Coran (al-Qur’an) contient de nombreuses références à la lutte physique contre les impies et ceux qui représentent une menace pour la sécurité et l’intégrité de la communauté des fidèles.
Dis à ceux des Bédouins qui restèrent en arrière : « Vous serez bientôt appelés contre des gens d’une force redoutable. Vous les combattrez à moins qu’ils n’embrassent l’Islam. Si vous obéissez, Allah vous donnera une belle récompense, et si vous vous détournez comme vous vous êtes détournés auparavant, Il vous châtiera d’un châtiment douloureux. » (48:16; voir aussi 2:190-195, 8:12-20 et 9:29, entre autres endroits).
De fait, le combat est l’une des principales figures métaphoriques de l’islam des premiers temps. En effet, le prophète Muhammad (Mahomet) et ses disciples ont combattu et finalement vaincu les idolâtres et les mécréants12. De plus, les enseignements canoniques de l’islam imposentà chaque musulman le devoir de défendre dar al-islam (la terre de l’islam) contre la décrépitude morale et spirituelle provenant de dar al-harb (la terre de la guerre), où ne règne pas la loi islamique13. Cependant, la charia et la tradition ont toujours accordé la préférence à la guerre défensive sur la guerre offensive, souligné l’importance d’être clément envers ses ennemis et fait valoir l’inviolabilité des femmes, des enfants et des non-combattants.
Combattez dans le sentier d’Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. […] S’ils cessent, donc plus d’hostilités… Et faites le bien. Car Allah aime les bienfaisants. (2:190-195)
Par ailleurs, les enseignements de l’islam insistent sur la prééminence du « grand» jihad (de nature spirituelle) sur le « petit» jihad (de nature matérielle)14.
La notion de jihad en tant qu’offensive généralisée est essentiellement un phénomène du XXe siècle, né des écrits de doctrinaires comme Abdul Ala Mawdudi, fondateur du groupe pakistanais Jamaat-i-Islami, et Sayyid Qutb, penseur égyptien qui à maints égards fait figure de père intellectuel d’al-Qaïda et de ses ramifications. Devant la répression politique sévissant dans leur pays et ce qui leur apparaissait comme la décadence des sociétés occidentales et laïques, Mawdudi et Qutb ont tous deux cherché refuge dans une interprétation particulièrement conservatrice de l’islam. Ils ont fait du jihad une obligation du même ordre que les cinq piliers, substituant un contenu politique à son contenu spirituel. Selon cette dernière interprétation, le jihad devient synonyme de lutte physique plutôt que spirituelle, une lutte à mener contre l’ignorance et la barbarie aussi bien de ceux qui menacent l’intégrité foncière de l’islam (le monde occidental, ou l’« ennemi lointain») que des chefs musulmans « laïques» (l’« ennemi proche») qui tournent le dos aux enseignements du Coran et de la vie du Prophète15. Les propos suivants, tenus en 2007 par Omar Bakri, imam d’origine syrienne récemment déclaré interdit de séjour au Royaume-Uni, au cours d’un entretien télévisé, illustrent avec force la pensée qui sous-tend ce type de jihad et les conséquences qui en découlent :
Le devoir de jihad… a longtemps été négligé par la nation islamique en raison de l’arrogance et de l’iniquité des Américains et de leurs alliés envers elle, de même qu’en raison de leur appui à l’État d’Israël… [L]es opérations du 11 septembre ont constitué une réponse aux terribles actes d’agression commis par les États Unis : ses interventions armées en Afghanistan, en Irak et au Soudan, pour ne rien dire des croisades entreprises il y a fort longtemps… [L’]islam interdit de tuer des innocents. Mais qui est innocent? - c’est là une toute autre question16. (TRADUCTION)
Cette interprétation lourdement politisée du jihad est à l’oeuvre
derrière plusieurs événements qui ont marqué le monde musulman, de
l’assassinat du président de l’Égypte Anouar al-Sadate en 1981
jusqu’à l’ascension des Talibans. C’est elle aussi que l’on
retrouve, colorée par le discours anti-occidental d’Oussama ben Laden
et de ses sympathisants, au coeur de toute une série d’attaques et de
complots terroristes : l’attentat à la bombe contre le Word Trade
Center en 1993, les attentats du 11 septembre, les attentats à la bombe
perpétrés à Madrid et à Londres et ceux complotés à Toronto (18
arrestations en juin 2006) et contre l’aéroport londonien de Heathrow
(juillet 2007).
Si les deux interprétations du terme « jihad » peuvent être dites « correctes», l’une et l’autre posent un sérieux problème aux services de police et de renseignements. Si, d’un côté, nous évoquons la notion de « jihad» pour parler d’actes terroristes ou de l’état d’esprit des terroristes, nous risquons de nous aliéner les musulmans pour qui le jihad consiste soit en un combat intérieur à caractère hautement personnel, soit en des efforts qui visent des changements sociaux bénéfiques pour la communauté, musulmane ou non. Car cela revient à les étiqueter, sinon comme terroristes, du moins comme de dangereux radicaux, ce qui perpétue le mythe qui assimile l’islam et ses adeptes au terrorisme.
D’un autre côté, identifier le « jihad», sinon au terrorisme, du moins à des actes de violence commis au nom de la foi (ou au nom d’un credo politique habillé du costume de la foi), n’est pas entièrement faux. Mais en appelant les extrémistes des « jihadistes» - qui représentent un élément important de l’expérience historique et culturelle des musulmans -, nous reconnaissons leurs actions comme s’inscrivant dans le chemin de Dieu et partant, en reconnaissons la légitimité17. Et en nous opposant au jihad et à ceux qui le pratiquent, nous risquons de nous présenter- encore une fois- comme des ennemis de l’islam, ce qui non seulement fait le jeu des extrémistes, mais de plus véhicule clairement le message que nous ne luttons pas contre l’extrémisme, mais cherchons à éradiquer l’islam lui-même. Or, ceci n’est pas un message que nous voulons transmettre.
Comme le note l’historienne des religions Karen Armstrong, savoir qui son ennemi n’est pas est tout aussi capital que de savoir qui il est18. À réfléchir à la manière de désigner nos ennemis correctement, nous apprenons à mieux les connaître, à comprendre leur façon de penser et à prévoir leurs gestes. Il est donc dans le meilleur intérêt de ceux et celles qui en première ligne s’occupent de terrorisme- le milieu du renseignement et les corps policiers- de prendre l’initiative de rechercher et de trouver les mots justes pour décrire l’extrémisme et ses représentants. Jusqu’à présent, peu d’efforts ont été déployés en ce sens19.
Le présent rapport n’a pas pour objet de proposer un glossaire de termes à utiliser. Cela dit, il existe des façons plus adéquates de nommer les réalités auxquelles nous faisons face que celles qui ont eu cours jusqu’ici. Ainsi qu’il a été dit plus haut, Oussama ben Laden et beaucoup d’autres extrémistes ont été profondément influencés par le doctrinaire égyptien Sayyid Qutb, dont les écrits ont inspiré les leurs. S. Qutb, qui enjoignait à ses partisans non seulement de fuir le vide moral propre aux sociétés modernes, mais aussi de l’éliminer20, cautionnait les actes d’extrême violence commis au nom de la foi, si bien que le terrorisme dit « islamiste» mériterait davantage le qualificatif de « qutbiste».
Il nous faut constamment demeurer attentifs aux mots que nous employons et à leurs subtiles connotations. Voici un autre exemple. Nombre de mouvements terroristes contemporains- notamment les Talibans et al-Qaïda- ont des racines théologiques dans le wahhabisme, doctrine sectaire qui définit « l’orthodoxie d’État» de l’actuelle Arabie saoudite21. Le wahhabisme constitue une interprétation rigoriste de l’islam qui a fait sienne la conception salafiste voulant que l’islam « pur» soit solidement ancré dans les enseignements des « patriarches» - le prophète Muhammad et ses compagnons22. Les adjectifs « wahhabite» et « salafiste» ont été abondamment utilisés pour qualifier certains types de terrorisme. Or bien que certains éléments de pensée wahhabite puissent disposer certains esprits à commettre des actes de violence, comme en témoignent les attentats du 11 septembre, la grande majorité des wahhabites et des salafistes ne sont pas et ne seront jamais des terroristes.
Le débat actuel sur le jihad, sa signification et son juste rôle a également lieu au sein des communautés musulmanes un peu partout dans le monde. Au Canada, des auteurs musulmans comme Raheel Raza soulignent la nécessité, pour les adeptes de l’islam, de prendre la parole et d’agir de manière à ce que les références au terrorisme, l’extrémisme et la propagande anti-occidentale soient rayés du discours musulman. Les adeptes de l’islam doivent « reconquérir les mosquées» afin que la voix des « musulmans et des musulmanes raisonnables» soit entendue et supplante les appels au jihad matériel23. De fait, cet impératif lui-même peut être considéré comme une forme de jihad.
Ce qu’il importe de remarquer ici, ce n’est pas tant ce que dit R. Raza- qui tient des propos réfléchis et empreints de compassion, reflet typique du contexte multiculturel canadien- que la mesure dans laquelle ce qu’elle dit s’écarte d’autres formes de discours islamique. Des clivages idéologiques et rhétoriques divisent les communautés musulmanes partout en Occident et dans l’ensemble des pays de l’Islam. Ces clivages peuvent être assez profonds pour entraîner non pas un « choc des civilisations», mais plutôt une série de collisions au sein d’une même civilisation, en l’occurrence l’islam.
En Europe, où le fondamentalisme tend à entraver l’intégration de certains segments de la population musulmane dans leur société hôte24, la notion du jihad matériel connaît un rayonnement considérable. Cela mis à part, le conflit idéologique au sein des communautés islamiques revêt souvent l’aspect d’un antagonisme opposant deux groupes culturellement distincts. Tariq Ramadan décrit le premier comme composé de musulmans « assimilés» de la classe moyenne dont la foi, qui s’articule de façon complexe, s’accorde avec les vastes courants sociaux et intellectuels contemporains25.
Le second groupe, qui intéresse au premier chef les services de police et de renseignements, est composé de jeunes non intégrés (souvent même en dépit du fait qu’ils sont nés en Occident) et parfois laissés pour compte (mais pas toujours : les membres de la « cellule de Hambourg», dont il est question plus bas, étaient inscrits dans des universités allemandes, tandis que les suspects interpellés à la suite des attentats ratés de Londres et de Glasgow étaient médecins ou membres d’une autre profession libérale)26. Ces jeunes ont le profond sentiment d’être, de manière ciblée ou généralisée, victimes d’injustices; ils aspirent fortement à une identité islamique commune et sont habités d’un esprit d’activisme et de mobilisation proprement islamique qui s’avère souvent incompatible avec les normes sociales et politiques en vigueur en Occident. Ils rejettent la culture occidentale (de même que les intellectuels musulmans assimilés et occidentalisés), considérée comme un affront au « véritable» islam, et sont attirés par un discours historique et idéologique qui « démontre» la grandeur de la civilisation islamique. Ce sentiment d’oppression, doublé de la quête d’une dignité perdue, peut aisément se traduire chez eux par une ouverture à l’idée de mener un djihad matériel ou politisé27. Voici quelques exemples de personnes appartenant à ce deuxième groupe: Mohammed Bouyeri, né aux Pays-Bas, qui a assassiné le cinéaste Theo van Gogh, les responsables de l’attentat à la bombe perpétré à Londres, nés en Grande-Bretagne, et les membres de la « cellule de Hambourg», qui formaient le noyau dur du complot ayant débouché sur les attentats du 11 septembre.
Les personnes qui font partie du premier groupe décrit par T. Ramadan, comme R. Raza, ont tendance à prendre leurs distances par rapport au second groupe, qui, affirment-ils, ont transformé la notion traditionnelle du jihad, entendu comme forme de lutte spirituelle, en une idéologie de la violence et de la vengeance. Mais dépeindre l’islam « véritable» de manière exclusivement favorable a également quelque chose de biaisé. Promouvoir l’extrémisme au nom d’une conception politisée de l’islam est une perversion de la foi. Le problème tient à ceci que ce discours, pour ceux qui y adhèrent, apparaît comme légitime et justifie pleinement tout genre d’action directe, du prosélytisme aux attentats terroristes à grande échelle comme ceux qui ont frappé New York, Bali, Madrid et Londres.
Le message- en particulier en ce qui a trait à l’interprétation de « jihad» - que formulent les penseurs et les auteurs musulmans « assimilés» est rassurant, surtout pour les non-musulmans perplexes et inquiets faceà la violence propre à l’idéologie extrémiste du type de celle revendiquée par al-Qaïda. Or, il est probable que ces penseurs et auteurs ne parlent pas pour tous les musulmans qui vivent isolés, en retrait du monde, ou qui sont susceptibles, pour une raison ou une autre, d’adopter semblable idéologie. Il est donc difficile de déterminer avec un minimum de précision quelle place est faite à ce message dans l’économie globale du discours musulman, ou de déterminer la mesure dans laquelle ce message peut faire contrepoids, sur le plan rhétorique, à l’irrésistible appel à l’extrémisme et au jihad matériel.
Il est capital de saisir les nuances de sens que recèlent des notions comme celle de « jihad». Au demeurant, toute tentative de privilégier telle ou telle compréhension ou interprétation par rapport à une autre est probablement vouée à l’échec. Comme le relève D. Streusand, « les textes classiques ne font que s’adresser aux musulmans d’aujourd’hui, ils ne parlent pas en leur nom» (TRADUCTION), si bien qu’en fin de compte, chaque musulman se forge sa propre opinion28. Chose certaine, la mentalité sous-jacente à l’extrémisme est un phénomène de nature culturelle et émotionnelle dont l’ampleur excède la somme de ses parties- parmi lesquelles figurent des entités « matérielles» comme al-Qaïda. Ce dernier point est illustré par les propos suivants d’un extrémiste saoudien :
Je n’ai pas besoin d’aller voir le cheikh pour lui demander la permission de mener à bien une opération, pas plus que je n’ai besoin de permission pour prier ou penser à tuer des Juifs et des croisés. Il y a des milliers de ben Laden dans ce pays. Nous ne devons pas quitter notre chemin, que le cheikh a frayé pour vous, indépendamment du fait qu’il y a ou n’y a pas de cheikh29.
Depuis les attentats du 11 septembre- et bien avant dans certains cas -, les gouvernements et les services de police et de renseignements collaborent à la mise en oeuvre d’une stratégie concertée visant à lutter par divers moyens contre l’extrémisme. À maints égards, nous avons connu du succès : nous sommes parvenus à éventer des complots, à désamorcer des opérations terroristes, à conclure d’importantes alliances, ainsi qu’à acquérir et à répandre une fine compréhension des menaces terroristes. Le problème, cependant, demeure- et rien ne permet de prévoir qu’il disparaîtra. De fait, certains indices laissent penser que le problème va s’aggravant, en particulier pour ce qui est de la relation entre la radicalisation des jeunes musulmans vivant dans des pays occidentaux et les actes d’extrémisme commis contre ces pays.
Le phénomène de la radicalisation représente une part essentielle de la menace terroriste, et sa prise en compte occupe de plus en plus les services de police et de renseignements. On appelle radicalisation le processus suivant lequel des personnes (habituellement des jeunes) en viennent à embrasser un système de croyances et un message à caractère expressément idéologique qui les encourage à passer de croyances modérées et largement partagées à des positions extrémistes. Bien que le radicalisme ne pose aucun problème en soi, il devient un facteur de menace quand ses tenants décident d’appuyer ou d’accomplir des actes de violence ou d’autres actions directes servant les fins d’un extrémisme politique, idéologique ou religieux30.
La radicalisation a pris différentes formes à travers l’histoire : revendiquée tant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique, de l’écologisme et de la défense des droits des animaux au néonazisme, elle a également incarné et servi des intérêts purement ethniques et religieux. La radicalisation peut résulter d’une multitude de facteurs et d’influences. Il n’y a pas qu’un seul groupe qui soit désireux d’approcher des jeunes vulnérables et impressionnables. La radicalisation n’est pas non plus le fait d’un groupe ethnique ou d’un groupe d’intérêts particulier31. Mais quand, dans le contexte mondial contemporain, elle se marie à une idéologie islamiste à caractère extrémiste et violent, elle devient un sérieux objet de préoccupation pour les services de police et de renseignements. Depuis les attentats du 11 septembre, pratiquement toutes les attaques terroristes perpétrées dans des pays d’Amérique du Nord ou d’Europe, qu’elles aient été mises à exécution ou soient restées à l’état de projet, avaient pour auteurs de jeunes musulmans de nationalité et d’origine culturelle diverses qui ou bien étaient nés dans le pays cible, ou bien y résidaient depuis longtemps, et qui tous avaient, de façon reconnaissable, subi un processus de radicalisation. C’est le cas pour l’assassinat de Theo van Gogh et le « complot de Hofstad» aux Pays Bas, pour les attentats à la bombe de Madrid, les attentats de Londres et leurs suites, l’affaire des 18 inculpés à Toronto, l’opération OVERT (le « complot de Heathrow»), l’attentat à la bombe incendiaire à l’aéroport de Glasgow en 2007 et les attentats ratés dans le centre de Londres.
Ces divers cas présentent plusieurs des principales caractéristiques de la radicalisation actuelle qui intéressent spécialement les services de police et de renseignements, au premier chef desquelles la rapidité avec laquelle la radicalisation se produit et la nature presque imperceptible des signes avant-coureurs de la radicalisation, particulièrement difficiles à discerner pour un policier ou agent de renseignements à qui est étrangère la culture des personnes concernées. Il s’avère par ailleurs tout à fait vain de tenter de prévenir la radicalisation (ou d’y remédier) en recourant à des notions comme celle d’« aliénation». Les terroristes ne vivent pas forcément en marge de la société. De subtiles (et, pour une large part, non mesurables) motivations sociales, politiques et religieuses peuvent l’emporter sur la citoyenneté et le sentiment d’appartenance32.
En définitive, la meilleure stratégie à long terme pour contrer
l’extrémisme du type de celui professé par al-Qaïda, tant à
l’échelle nationale qu’internationale, consiste peut-être à
concevoir et à proposer une « autre lecture du monde» destinée à
renverser le message des extrémistes. Nous devons trouver des façons de
contrebalancer cette culture de la mort et du martyre par une culture
qui célèbre la vie33.
Afin, cependant, de pouvoir élaborer une stratégie à long terme et une autre lecture du monde qui soit crédible, il est nécessaire que soient réunies certaines conditions. Les milieux policiers et du renseignement doivent non seulement découvrir comment pénétrer efficacement le monde de l’extrémisme, mais en outre, ce qui est tout aussi essentiel, apprendre à déchiffrer le discours par lequel ce monde se définit. Il s’agit donc, au-delà des mots et de la rhétorique, de comprendre le sens et le symbolisme que véhiculent certains sons, certaines couleurs et images34 - il s’agit, en bref, d’acquérir une connaissance plus vaste et plus profonde des racines culturelles de l’extrémisme que celle que nous possédons actuellement.
Il nous faut de plus déterminer quel est le public cible de notre message. L’expérience américaine de la guerre froide nous enseigne que les campagnes de communication ne fonctionnent jamais mieux que lorsqu’elles sont asymétriques, c’est-à-dire quand leur point focal est situé loin du centre de gravité de l’adversaire et orienté vers les groupes les plus vraisemblablement réceptifs35. À l’échelle nationale, les activistes endurcis représentent sans doute une cause perdue, alors que les adolescents idéalistes et désorientés, au contraire, sont réellement susceptibles de se montrer perméables à une influence profonde et durable. À l’échelle internationale, il paraît envisageable d’obtenir la collaboration de groupes qui, comme les Frères musulmans, demeurent islamiques tout en étant prêts à rejeter l’extrémisme.
L’internet est sans doute l’un des plus puissants outils à la disposition des terroristes contemporains, en particulier pour les entités formées sous l’inspiration d’al-Qaïda, qui constituent moins de véritables groupes que des associations lâches de réseaux distants les uns des autres. Dotées de faibles moyens « matériels», ces entités utilisent l’internet pour recruter et former leurs membres, recueillir des fonds, faire de la propagande, faire connaître leur histoire et leur mythologie et organiser des attentats terroristes36.
Fait intéressant au sujet de ces groupes d’inspiration « al-qaïdienne» présents sur la Toile : la majeure partie des innovations technologiques et du développement logiciel dont leurs sites témoignent est l’oeuvre d’extrémistes qui ont reçu une formation technique ou informatique dans des collèges ou des universités occidentales. En fait, la voie de la radicalisation semble souvent conduire des nationaux à quitter le pays de l’Islam ou ils sont nés pour rejoindre la diaspora musulmane après avoir fait des études en sciences appliquées en Europe ou en Amérique du Nord. Le cas de la « cellule de Hambourg» est à cet égard tout sauf atypique.
Il est certain que, pour les extrémistes, utiliser la technologie occidentale pour agresser et terroriser les sociétés mêmes qui l’ont inventée (ce n’est d’ailleurs pas par hasard si les terroristes ont fait et continuent de faire des aéronefs civils des cibles privilégiées) exprime une forme poétique de justice37. Il est intéressant de noter, sur un plan plus pragmatique, combien peu d’extrémistes ont des racines dans l’histoire ou la culture des sociétés qu’ils s’emploient à détruire. En se plongeant dans les sciences appliquées, ils acquièrent une connaissance superficielle de la culture occidentale, connaissance limitée à ses développements technologiques, mais n’accèdent pas à une compréhension de ses soubassements intellectuels.
Voilà pourquoi la conception d’une autre lecture du monde requiert
une compréhension de l’« autre» culture aussi bien de notre part que
de celle du public visé. Par ailleurs, nulle initiative de rapprochement
interculturel d’envergure ne peut, si elle veut être efficace, se
fonder sur un esprit missionnaire qui postule que certaines cultures
sont inférieures à d’autres. Semblable initiative ne peut non plus se
permettre de méconnaître la combinaison des facteurs politiques et
sociaux qui rendent la mentalité extrémiste si fascinante, ni méjuger
les succès remportés par la culture politique de l’Occident par sa
valorisation de la tolérance, de la liberté et de la prospérité. Elle
doit en outre veiller à s’adresser à certaines tranches clés de la
population comme les femmes et, en raison de l’importance de leur
poids démographique dans le monde musulman, les jeunes. Elle doit en fin
de compte s’efforcer de trouver une base commune aux deux cultures en
présence et de montrer ce qui, dans l’une et l’autre, vaut la peine
d’être sauvegardé38.
La notion de récit lecture du monde divergente s’applique également aux stratégies d’engagement communautaire qui visent à prévenir la radicalisation sur le territoire national. Soulignons toutefois que les différentes communautés ethnoculturelles risquent de se montrer singulièrement méfiantes à l’endroit de stratégies d’engagement explicitement liées à des préoccupations touchant la sécurité. En mettant les choses au mieux, des programmes anti-radicalisation pourraient être considérés comme un expédient politique. En mettant les choses au pire, de tels programmes pourraient amener activistes et extrémistes à y voir une manoeuvre détournée visant à infiltrer et à manipuler leurs communautés. La radicalisation est assurément un phénomène plus inquiétant dans certaines communautés que dans d’autres, mais il ne faut pas oublier que les messages à caractère idéologique ou social qui émanent du milieu sont en constante évolution. Par conséquent, si l’on veut mettre sur pied des stratégies anti-radicalisation dont l’effet soit durable, il faut que celles-ci visent la société dans son ensemble et non un auditoire ethnique, religieux ou culturel déterminé. Cela dit, semblables stratégies nationales ne sont pas uniquement l’affaire de la police, des services de sécurité ou du gouvernement : doivent également y contribuer les autorités en matière de santé, les conseils scolaires, les services sociaux et communautaires, les groupes à caractère confessionnel et ethniques, de même que les organismes non gouvernementaux. Tous doivent faire leur juste part en ce qui a trait aux lectures du monde anti-radicalisation, car tous ont intérêt à ce qu’ils portent fruit.
L’extrémisme d’inspiration « al-qaïdienne», de même que ses nombreuses ramifications et imitations, est vraiment un phénomène mondial. Non seulement a-t-il contribué à créer une très instable ligne de faille politique et culturelle qui s’étend des rives de la Méditerranée jusqu’à la mer de Chine occidentale, mais on constate aussi son existence (et son épanouissement) en Europe, en Australie et partout en Amérique. Et c’est précisément pourquoi ce phénomène mérite une grande attention et que la tentative de contrer le discours extrémiste s’avère difficile. Pas un organisme, pas un secteur, pas un gouvernement ne peut entreprendre seul la mise en place d’une stratégie susceptible de faire échec au mode de pensée extrémiste. Un phénomène d’ampleur mondiale appelle une intervention d’ampleur mondiale, et si l’on veut qu’une campagne de communication fondée sur l’idée d’une vision du monde différente ait réellement des chances de réussir, alors il est nécessaire que soit instaurée uneétroite coopération entre les membres de la communauté internationale.
1 Le Code criminel, L.R.C. (1985), c. C-46, al. 83.01(1)b), définit le
terrorisme comme « une action ou omission, commise au Canada ou à
l’étranger […] au nom - exclusivement ou non - d’un but,
d’un objectif ou d’une cause de nature politique, religieuse ou
idéologique… »
2 Certains politicologues ont défendu l’idée que l’identité
culturelle et religieuse deviendrait la première source de conflits dans
le monde de l’après-guerre froide. Pour en savoir plus à ce sujet,
voir Huntington, Samuel P., The Clash of Civilization and the Remaking
of the World Order, New York, Simon & Schuster, 1996.
3 Les références au Coran données ici de même que les extraits cités
sont tirés de la traduction disponible sur le site d’IslamFrance : http://islamfrance.free.fr.
4 Voir par exemple l’article de Christie Blatchford intitulé «
Ignoring the Biggest Elephant in the Room », dans le Globe and Mail, édition du 5 juin 2006.
5 National Commission on Terrorist Attacks Upon the United States, The
9/11 Commission Report, New York, W.W. Norton, 2004, p. 145.
6 International Crisis Group, « Understanding Islamism », Middle East /
North Africa Report, n° 37, 2 mars 2005, p. 7.
7 Leiken, Robert S. et Brooke, Steven, « The Moderate Muslim Brotherhood », Foreign Affairs, mars-avril 2007, p. 112.
8 Streusand, Douglas E. et Tunnel, Harry D., Choosing Words Carefully:
Language to Help Terrorism, National Defense University, 2006, p. 3.
9 Armstrong, Karen, Islam: A Short Story, New York, Random House, 2002,
p. 6.
10 Raza, Raheel, Their Jihad… Not my Jihad, Ingersoll (Ontario), Basileia Books, 2005, p. 18.
11 Ibid., p. 118 à 122.
12 Op. Cit., Armstrong, 18-22.
13 “Martin, Richard C. (dir.), Encyclopedia of Islam and the Muslim World, New York, Macmillan, 2004, à l’article « Jihad ».
14 Ibid.
15 Op. cit., Armstrong, p. 168 à 170.
16 Cité dans Middle East Research Institute, Special Dispatch Series, n°
1529, 30 mars 2007.
17 Op. cit., Sreusand et Tunnell, p. 2.
18 Armstrong, Karen, « Violent Islamic Radicals Know They Are Heretical », Guardian, édition du 8 juillet 2006.
19 Douglas Sreusand et Harry Tunnel ont écrit sur le sujet et sont
cités ailleurs dans le présent rapport. L’Union européenne a elle
aussi préparé un recueil de termes non offensants qu’il convient
d’utiliser pour parler du terrorisme, mais le document demeure
classifié (voir Waterfield, Bruno, « Don’t confuse terrorism with
Islam, says EU », The Telegraph, édition du 31 mars 2007).
20 Op. cit., Armstrong, p. 169 et 170; Wright, Lawrence, The Looming
Tower: Al Qaeda and the Road to 9/11, New York, Knopf, 2006, p. 28 à
31.
21 Fisk, Robert, The Great War for Civilization: The Conquest of the
Middle East, Londres, Fourth Estate, 2005, p. 1045.
22 Allen, Charles, God’s Terrorists: Wahhabi Cult and the Hidden
Roots of Modern Jihad, Londres, Little, Brown, 2006, p. 210.
23 Op. cit., Raza, p. 61.
24 Op. cit., International Crisis Group, p. 13.
25 Ramadan, Tariq, Western Muslims and the Future of Islam, New York,
Oxford University Press, 2004, p. 106 et 107.
26 « British Identify Two “Principal” Suspects », New York Times,édition du 8 juillet 2007.
27 Ibid., p. 107 à 109.
28 Op. cit., Streusand et Tunnell, p. 3.
29 Cité dans Stern, Jessica, « The Protean Enemy », Foreign Affairs,
juillet-août 2003, p. 35.
30 Cette façon de concevoir la radicalisation est couramment employée
dans le cadre du programme de sécurité nationale de la GRC.
31 On peut observer ce processus de radicalisation à l’oeuvre dans la
vie de personnages historiques aussi différents que Lénine, Ernesto «
Che » Guevara et le hors-la-loi américain Jesse James. Voir les ouvrages
de Jon Lee Anderson (Che Guevara: A Revolutionary Life, New York, Grove
Press, 1997), de Robert Service (Lenin: A Biography, Londres, Pan, 2000)
et de T.J. Stiles (Jesse James: Last Rebel of the Civil War, New York,
Vintage, 2002).
32 Voir en particulier Sageman, Marc, Understanding Terror Networks,
Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2004, p. 107 à 135.
33 This builds on ideas expressed by, among others, Gabriel Weimann of
Haifa University, cited in Sinai, Joshua. “Defeating Internet
Terrorists.” Washington Times (8 October, 2006).
34 Voir par exemple, Combating Terrorism Center, United States Military
Academy. The Islamic Imagery Project: Visual Motifs in Jihadi Internet
Propaganda (http://www.ctc.usma.edu/imagery.asp).
35 Rabasa, Angel, Benard, Cheryl, Schwartz, Lowell H. et Sickle, Peter,
Building Moderate Muslim Networks, Santa Monica, RAND Center for Middle
East Public Policy, 2007, p. 142.
36 Gabriel Weimann, « www.terror.net: How Modern Terrorism Uses the
Internet », United States Institute of Peace Special Report, n° 116,
mars 2004, p. 3 et 4.
37 Ibid., p. 5.
38 Mutatis mutandis, cette démarche est celle qu’ont adoptée les
Allemands et les Japonais - deux peuples qui, l’espace d’une
génération, ont baigné dans une culture de la mort, du martyre et
de la destruction - afin de rebâtir leur pays au lendemain de la Seconde
Guerre mondiale. Pour une analyse approfondie de la culture japonaise en
temps de guerre et de ses racines historiques, voir Benedict, Ruth, The
Chrysantemum and the Sword: Patterns of Japanese Culture, New York,
Meridian, 1946.
Angus Smith
officier responsable, Analyse prospective
Enquêtes criminelles relatives à la sécurité nationale