La GRC : Transformation culturelle et réconciliation

Par Anita Olsen Harper, Ph. D., mars 2019

Le rapport La GRC : Transformation culturelle et réconciliation a été rédigé pour la GRC par Anita Olsen Harper, Ph. D., en mars 2019. Il sert de cadre à la Stratégie nationale de réconciliation de la GRC (en cours d'élaboration) et de feuille de route pour le processus de réconciliation de la GRC, ce qui comprend le premier rapport annuel sur la réconciliation intitulé « La voie de la réconciliation de la Gendarmerie royale du Canada : Renforcer la confiance en la GRC 2019-2020 ».

Ce rapport porte sur les points de vue des Autochtones et divers sujets qui ont une incidence sur la réconciliation.

Il importe de souligner que ce rapport reflète la situation telle qu'elle se présentait à ce moment-là. Les organisations citées ont fait des progrès dans leur propre processus de réconciliation. Par exemple, le modèle 2019 de la Nouvelle-Zélande, « Our Business Tā Tātou Umanga », dont il est question à la partie 3.1.3 a été actualisé en 2020 par cette nouvelle représentation visuelle (en anglais seulement).

Demander un exemplaire du rapport complet

Pour obtenir un exemplaire du rapport complet, veuillez écrire à l'adresse RIRS-SRGA@rcmp-grc.gc.ca.

Sommaire

La transformation culturelle est essentielle au succès de la démarche de réconciliation de la gendarmerie royale canadienne (GRC) avec les peuples autochtones du Canada. Comme pour tous les efforts de conciliation, le défi le plus formidable consiste à abaisser la barrière de la méfiance profondément ancrée qui rend justement nécessaire une telle réconciliation. Cette démarche est complexe. Elle comporte de multiples facettes. Elle ne peut pas résulter d'un coup de tête et elle ne peut pas être laissée au hasard. La réconciliation avec les peuples autochtones, une directive toujours en vigueur provenant du premier ministre actuel du Canada, le très honorable Justin Trudeau, est essentielle pour que tous les Canadiens puissent aller de l'avant.

Ainsi, la réconciliation doit pouvoir s'appuyer sur un leadership fort et stable qui fonctionne de manière consciente et concertée par l'entremise d'une stratégie nationale mutuellement et respectueusement convenue avec les peuples autochtones. Comme il s'agit d'un processus qui vise non seulement à établir une solidarité dans les relations, mais aussi à entretenir et à faire progresser ces relations, on doit affecter des ressources suffisantes et appropriées aux activités de réconciliation. Les relations saines ne sont jamais autosuffisantes; elles nécessitent une attention et un soutien constants, qui leur donnent l'énergie nécessaire pour se construire et s'épanouir.

Cet exposé de position constitue une feuille de route pour la GRC, qui s'engage sur la voie de la réconciliation. Ce processus commence par la présentation de la vérité dans les récits du passé. La rectification des faits permet également de se libérer des récits diffamatoires et de la représentation erronée des peuples autochtones. Comme l'a déclaré le sénateur Murray Sinclair, ancien commissaire de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada (CVR) : « Pour y [réconciliation] arriver, il faut prendre conscience du passé, reconnaître les torts qui ont été causés, expier les causes et agir pour changer les comportements » (2015, p. 7).

En s'appuyant sur une reconnaissance valable et légitime du passé, les peuples autochtones et non autochtones peuvent converger vers une meilleure conjoncture : le présent, dans lequel de nouveaux départs peuvent prendre racine. C'est ici que les Canadiens reconnaissent leurs responsabilités et, avec une conscience claire et collective, s'engagent dans les gestes de réconciliation quotidiens. La répétition constante de gestes conciliateurs, même minimes, si elle est faite de manière ordonnée et stratégique, conduit à un avenir qui reflète l'objectif d'inclusion des Autochtones dans la structuration des systèmes de guérison et d'autoreprésentation. De même, la transformation culturelle demandée de la part de la GRC afin d'œuvrer à la réconciliation avec les Premiers Peuples ne peut que rendre l'organisation plus forte et plus saine, certes en interne, mais aussi en externe, auprès de tous les gens qui font la diversité du Canada. La GRC jouit d'une position idéale pour servir de modèle à tous les Canadiens soucieux de progresser dans la réconciliation.

Le passé

Les racines hiddens et non reconnues du racisme, profondément enfoncées dans la genèse de ce pays, constituent l'un des principaux aspects des structures sociétales dominantes du Canada qui continuent de nuire aux relations entre les Autochtones et la GRC. Les lois coloniales qui ont favorisé l'émergence du pays ont été appliquées par le précurseur de la GRC, la Police à cheval du Nord-Ouest (PCN-O), avec des résultats désastreux pour les Premiers Peuples. Depuis, les interactions du quotidien entre les Autochtones et les non-Autochtones continuent de s'aggraver, un peu partout au pays. Elles sont exacerbées par les représentations de l'histoire et du patrimoine du Canada, qui ne présentent souvent qu'un côté de la médaille et qui relèvent souvent du mythe.

Le passé doit maintenant être revisité à la lumière d'une vérité vigoureuse, car les racines profondes et fondamentales du racisme, conséquences du colonialisme, se sont ramifiées de manière exponentielle et incontrôlée au fil des générations. Les intentions du Canada dans ses activités de construction du pays doivent être reformulées dans un nouvel esprit qui inclut les perspectives des Premiers Peuples. Ce sont leurs vies qui ont été dévastées par des lois et règlements arbitraires qui les ont privés de leurs moyens de subsistance au point d'entraîner un appauvrissement massif qui se perpétue dans les populations autochtones.

La GRC, une institution qui a longtemps contribué à l'avilissement des populations autochtones, doit désormais aller de l'avant en adoptant une approche positive qui favorise la réconciliation. En tant qu'organisation, elle doit prendre des mesures fondées sur un examen des visées et des activités qui, au fil de l'histoire, ont mené au statu quo. Individuellement, au sein de la GRC, les employés peuvent ne pas connaître les origines de la PCN-O et, par conséquent, de la GRC, du point de vue de ceux auxquels ils fournissent des services policiers. Cependant, cette connaissance est essentielle à la compréhension des raisons pour lesquelles la GRC doit s'engager sur la voie de la réconciliation. De tout temps, ces activités ont surtout été décrites aux Canadiens dans des récits empreints d'idéologie et forcément incomplets, qui font obstacle à la réconciliation avec ceux qui ont été lésés.

Le présent

Le passé nous ramène invariablement au présent. Personne ne doit oublier le passé ou devenir amnésique; les racines du passé finissent toujours par atteindre le présent. Les transgressions commises par le Canada à l'encontre des Premiers Peuples ont des répercussions sur la santé et le bien-être collectifs de tous les Canadiens. Attendre, avant d'agir, que chaque membre d'une famille soit infecté est tout simplement déplorable, mais c'est exactement ce qui s'est passé. Le Canada n'aurait jamais dû attendre si longtemps. Il n'aurait jamais dû tolérer que des membres de la famille tombent malades à cause des gestes délibérés d'autres membres. À plus forte raison, le pays n'aurait jamais dû permettre à l'infection de s'étendre. L'heure est venue : les Canadiens doivent surtout comprendre que la vérité doit l'emporter sur la déformation des faits et sur la désinformation. Ils doivent aussi comprendre que si l'on n'amorce pas une réconciliation et que si l'on ne prend pas des mesures pour faire progresser cette réconciliation, les conditions de vie des Autochtones et les relations entre les peuples, qui sont déjà dans un état de détérioration, ne pourront qu'aller en s'aggravant.

Le gouvernement actuel du Canada est activement engagé dans la réconciliation. Tous les Canadiens doivent prendre cette démarche à cœur et y voir à la fois une démarche sérieuse et une occasion en or d'améliorer la vie de tous, y compris la leur. On doit étudier et poser les étapes qui permettront d'obtenir les résultats dont le Canada a grandement besoin pour devenir un chef de file mondial progressiste en matière de réconciliation. Cet objectif est tout à fait réalisable, si l'on est porté par une motivation et un engagement conscients. À la base, le travail de réconciliation doit être fondé sur des aspirations spirituelles, qui reconnaissent et imprègnent la réconciliation, envisagée non pas comme un « projet » ou une mode passagère, mais comme la seule façon d'établir, par des mesures au quotidien, des relations durables et fondées sur la vérité. Marie Wilson, Ph. D., ancienne commissaire de la CVR, a souligné que le Canada est « [TRADUCTION] […] à la croisée des chemins. […] Nous sommes un pays placé devant l'occasion historique de repartir à zéro, de commencer à respecter à la fois nos obligations juridiques et les valeurs nationales dont nous nous réclamons, dans nos relations avec les peuples autochtones » (2015, p. 13).

En 2016, le Canada a officiellement retiré son statut d'objecteur à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DDPA). Bien qu'elle ne soit ni juridiquement contraignante ni exécutoire, la Déclaration établit un cadre solide et précis pour la réconciliation, sur lequel peuvent s'appuyer tous les ministères, organismes et secteurs au Canada, ce qui inclut la GRC. Cela revêt une importance vitale, car la réconciliation, en tant que processus puissant et positif, commence par l'établissement d'objectifs qui permettront d'intégrer une contribution autochtone active, authentique et fondée sur les distinctions dans les valeurs, les aspirations et les objectifs du Canada. En plus de la DDPA de l'ONU, les institutions canadiennes doivent intégrer les appels à l'action, où la GRC est spécifiquement mentionnée et où l'on fait état de son indépendance. Ainsi, quels que soient les changements à la tête du gouvernement fédéral, la GRC concevra sa propre stratégie et ses propres activités de réconciliation et les intégrera dans son travail quotidien.

La GRC s'est déjà engagée dans la voie de la réconciliation. Plusieurs de ses commissaires ont présenté des excuses : Zaccardelli (2004), Paulson (2016) et Lucki (2018). Cependant, les excuses ne suffisent jamais. Elles doivent être suivies d'actions concrètes et décisives. Les promesses de faire mieux et d'établir des relations solides et stables doivent mener à de véritables résultats substantiels. La promotion de l'élément essentiel qu'est le respect, même dans les relations avec des personnes ayant des points de vue diamétralement opposés, est essentielle au succès de la réconciliation. Les positions opposées sont parfois très fortes, comme dans les situations où des populations autochtones déploient de grands efforts pour empêcher qu'on empiète sur leurs territoires traditionnels.

L'un des moyens d'assurer la durabilité des efforts de réconciliation de la GRC consiste à enseigner aux cadets en formation à l'École de la GRC comment devenir les nouveaux chercheurs de vérité, les nouveaux conciliateurs. Le personnel et les membres des rangs intermédiaires doivent également être informés de manière cohérente. Ils doivent s'inspirer des documents récents, comme Réclamer notre pouvoir et notre place : le rapport final de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (FFADA). Tous les employés de GRC doivent prendre conscience des éléments historiques particuliers qui ont conduit aux réalités actuelles des autochtones, dont la violence extrême envers les femmes et les filles autochtones.

L'aveni

La réconciliation ne se limite pas à la recherche de la vérité et à la sensibilisation du public. Elle implique également des changements d'attitudes qui s'accompagnent d'activités appropriées qui renforcent expressément les relations entre les Autochtones et les non-Autochtones. La réconciliation ne se fait pas du jour au lendemain. Aussi, la « pensée magique » ne suffit pas. En effet, les résultats tangibles et visibles d'un travail qui corrige les injustices du passé peuvent prendre beaucoup de temps à se concrétiser. Les personnes engagées dans la réconciliation doivent s'y préparer et ne pas se décourager. Parfois, l'espoir est mis à rude épreuve, mais chacun doit persévérer dans les efforts et continuer à faire progresser la situation. L'établissement de relations prend beaucoup de temps, surtout lorsque deux groupes distincts travaillent ensemble.

Pour l'avenir, on misera sur une stratégie nationale de réconciliation propre à la GRC. Il s'agira d'une structure formelle collaborative, bien planifiée et bien financée, dont les buts et objectifs seront clairs et qui intégrera les conceptions activement recueillies auprès des Aînés, penseurs et gardiens du savoir autochtone de tout le Canada. Une fois établie, cette structure sera le point d'où le travail de réconciliation émanera et s'arrimera avec les apports des groupes autochtones. De plus, il est important de noter que, à la GRC, plus de 7,8 % des employés sont autochtones. Cela représente près de 3 % de plus que la proportion de la population autochtone au CanadaNote de bas de page 1. La composition actuelle des ressources humaines constitue une importante assise sur laquelle la GRC devrait appuyer ses efforts de réconciliation, à condition d'affecter des ressources suffisantes à ces efforts, non pas seulement sous forme de soutien financier, mais aussi sous forme de reconnaissance de ces activités comme autant de démarches valables qui nécessitent qu'on se concerte pour y consacrer du temps et de l'énergie.

Une telle stratégie nationale devra entre autres comporter un mécanisme de résolution des conflits qui tient compte des réalités régionales et des particularités des différents peuples autochtones. Elle devra aussi s'appuyer sur des partenariats efficaces et bien balisés. Les partenaires devront en assurer ensemble la surveillance, y apporter leur soutien et en assumer leur part de responsabilité. Le cadre méthodologique de la stratégie nationale devra correspondre aux recommandations de la DDPA de l'ONU et comporter les volets ci-dessous :

  • analyse de la situation;
  • formulation de politiques et de plans d'action;
  • mise en œuvre;
  • surveillance et réexamen périodique.

La GRC est la force de police nationale du Canada. Elle forme un symbole célèbre de ce pays dans le monde entier. Elle jouit d'une position idéale pour devenir le moteur de la réconciliation entre le Canada et les Premiers Peuples. En gardant à l'esprit sa devise, Maintiens le droit, la GRC est en mesure de diriger une approche de réconciliation harmonisée avec les concepts autochtones de bien-être et de bien vivre au centre du minopimaatisiwiin. La réconciliation devrait être souhaitée par tous les membres autochtones et non autochtones de la GRC.

Date de modification :